Edition du
25 mars 2010
  Femmes de la Réunion  


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Myriam Boullay

Sur le fil du bonheur

En 1992, elle rachète à Bouygues la société d’informatique pour laquelle elle travaillait depuis quelques années. Dix-huit ans ont passé. Myriam Boullay, chef d’entreprise de OCII, savoure l’âge de la maturité.

A 45 ans, la femme exprime la féminité du moment. Coupe au carré blond légèrement décoiffé mais structuré, lunette de vue sur la tête comme pour dissimuler un petit défaut de Dame Nature, teint de peau hâlé qui suggère un faible pour le soleil, robe légère mais stylisée, bijoux or et argent mélangés mais choisis avec goût, Myriam Boullay aime terminer ses phrases en affichant un large sourire. Marque son impatience en se tournant sans cesse vers le photographe mais toujours avec le sourire : « Je ne suis pas photogénique ». Comme si elle avait peur de dévoiler au monde un peu de son intimité, de montrer ces petites rides d’expression au coin d’un œil, conséquences d’une vie remplie d’éclats de rire. « Ce matin (ndlr : entretien réalisé le 16 février), j’étais bloquée rue Jean-Chatel car les enfants défilaient pour le carnaval. C’était magnifique. Derrière, un excité n’arrêtait pas de klaxonner. Je rigolais toute seule dans la voiture. Je suis descendue et je lui ai dit en souriant qu’on allait un peu attendre avant de les écraser. On a éclaté de rire ! » Telle est la philosophie de cette femme, mère de famille de deux enfants, mariée depuis 20 ans à Stéphane, « l’homme de sa (ma) vie » et chef d’entreprise : « Je déteste qu’on se prenne la tête avec des futilités ».

Un franc-parler

Pourtant il a bien fallu qu’elle se prenne parfois la tête pour arriver aujourd’hui à souffler les dix-huit bougies de son entreprise OCII, spécialisée dans la vente de matériel, logiciels et solutions informatiques. De ses débuts en 1992, elle se souvient de son fils, âgé à peine de deux mois, qu’elle changeait sur son tout nouveau bureau de chef d’entreprise. Myriam Boullay a toujours voulu garder son indépendance. Alors quand Bouygues décide de se séparer d’une de ses filiales, dont elle était le chef d’agence, la jeune et frêle mère de famille décide de prendre le taureau par les cornes. « En trois années, j’avais sept clients, sept collectivités territoriales. Je ne voulais pas les laisser tomber. » La négociation a été dure mais elle s’est terminée par un happy end qui, dix-huit années plus tard, prend toute son ampleur avec un portefeuille d’une cinquantaine de clients. « Je suis heureuse mais fatiguée. Encore aujourd’hui, le monde de l’informatique est un monde très masculin. » Il lui en a fallu du courage pour pousser des portes, essuyer des refus, donner des coups de pieds dans la fourmilière grâce à une verve parfois acerbe. « C’est ma bonne résolution pour 2010 : j’aimerai être plus sereine et arriver à ne pas dire systématiquement ce que je pense. Je sais que cette attitude peut nuire à ma boite, à mon entourage. » Le bleu de ses yeux devient plus clair, son regard s’adoucit quand elle évoque sa famille.

Une vraie maman-poule

Une vraie « maman-poule » avec sa fille et son fils. Une vraie amoureuse avec son mari Stéphane dont elle a croisé un jour le regard sur le banc de l’école de commerce de Toulouse et ne cesse de le croiser encore aujourd’hui. Pour sa famille, Myriam Boullay a même failli se bruler les ailes. En 2003, elle a eu envie de prendre du recul, de changer d’air et de jouer à fond son rôle de mère et d’épouse. Pendant plus d’une année, tout le clan s’installe à Cap Town en Afrique du Sud. « C’était totalement inconscient. J’ai failli perdre ma boite. Je ne regrette pas cette aventure à l’étranger. J’ai trouvé là-bas un autre bol d’oxygène. Nous y retournons très régulièrement. » De cette aventure faite de liberté, elle en ressort encore plus forte. Elle prend d’autres libertés. Pour elle. La jeune femme originaire de Lens, dans le nord de la métropole, endosse d’autres casquettes car elle ne supporte pas l’injustice. Présidente de la commission TPE au Medef, tiers de confiance auprès du médiateur de crédit, administrateur de la maison de l’emploi du nord, secrétaire de l’AFPAR. Une vie de femme actuelle. « Je défends les petites entreprises avec mes tripes, comme si c’était la mienne. Mais je ne suis pas féministe pour autant. Si certaines mènent le combat, c’est leur job. Pour moi, la question ne se pose pas. Je veux être et rester comme je suis. Il y a des sujets plus importants, plus rigolos… » Le rire encore notamment quand elle regarde des sketches de Florence Foresti ou de Muriel Robin. Qui se ressemble, s’assemble. Des femmes à « caractère bien trempé. Comme elle (moi). Mais je ne suis jamais méchante. Je n’arrête pas de m’excuser de peur de faire mal aux gens que je rencontre. Je ne veux surtout pas manquer de respect. Je m’aperçois que la société change, que le respect n’a plus sa place. Parfois j’ai l’impression d’être sur une autre planète. Franchement les gens se prennent trop la tête. Moi, je suis heureuse. Fatiguée mais heureuse. »

Texte : Véronique Tournier


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